Epopée, Recueil Ouvert : Présentations

Dimitri Garncarzyk

Des épopées de la première modernité (1500-1800), de la Mitteleuropa aux Indes occidentales : pour un panorama / with english translation (2020)

Texte intégral

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English translation below

  

I. Premières modernités épiques : esquisse d’un panorama

2Des sorciers maléfiques, des plantes exotiques, Apollon et la Vierge Marie présidant ensemble à l’inspiration poétique, un dragon féroce aux prises avec des aigles bicéphales, un capitaine de navire transformé en géant surgissant des eaux pour apostropher des navigateurs — et toujours des intrigues, des batailles et des miracles : le genre épique est, dans la première modernité, à la fois vivant et inventif. Loin de péricliter avec la généralisation de l’imprimerie et l’émergence des savoirs modernes, le récit versifié d’événements militaires et d’enjeux théologico-politiques perdure et fleurit, s’emparant de l’actualité comme revisitant les récits fondateurs, en ajoutant au passage les progrès techniques et les découvertes nouvelles aux ressources traditionnelles de l’imaginaire poétique.

3Cette vivacité et cette fécondité peinent encore parfois à être reconnues. Il faut dire que la première modernité vient, dans l’historiographie littéraire et culturelle, entre deux grands temps épiques, le Moyen Âge et le Romantisme. La critique comme l’imaginaire littéraires associent aisément le Moyen Âge à l’oralité (celle des troubadours ou des jongleurs) ou, du moins, à sa figuration (celle du conteur des grands romans du Graal e.g.). La chanson de geste fournit en Occident le paradigme post-antique de l’épopée — bref, le temps des chevaliers est indubitablement (et spontanément) épique. À l’autre bout de la chronologie, le romantisme est associé dans toute l’Europe (et particulièrement en Europe centrale) aux grands élans culturels et patriotiques nourris d’idéalisme (c’est la naissance des grands récits nationaux, qui auront leurs romans et leurs épopées), et à un intérêt renouvelé pour les traditions orales (à travers l’exploration anthropologique et la réinvention littéraire du folklore). Le Pan Tadeusz d’Adam Mickiewicz ou, dans un registre universaliste, La Légende des Siècles de Victor Hugo sortiront de la première tendance, et les grandes compilations du Kalevala et du Kalevipoeg, pour ne citer qu’eux, de la seconde.

4Entre les cycles épiques médiévaux et les monuments romantiques, la première modernité fait parfois figure de parent pauvre. Le cas de la France moderne, de la Franciade de Ronsard à la Henriade de Voltaire en passant par l’échec retentissant de la Pucelle de Jean Chapelain, est à cet égard un exemple bien fréquenté d’échec épique. De même on se souvient peu de Goethe poète épique et de la synthèse d’épopée, d’idéologie bourgeoise et de Weimarer Klassik que constitue Hermann und Dorothea, composée dans les dernières années du 18e siècle. Surnagent parfois des épopées sacrées (Paradise Lost de John Milton, Der Messias de Klopstock) dont les lecteurs du XXIe siècle remarquent, avant tout, la très grande difficulté d’accès. Trop crispée sur le modèle antique et l’enjeu de métier que représenterait une réussite dans le genre suprême (l’épopée ayant, dans la Renaissance humaniste, supplanté la tragédie au pinacle des hiérarchies génériques), l’épopée ne survivrait finalement que dans les formes dégradées du burlesque et de l’héroïcomique qui connaissent, avec Paul Scarron, Samuel Butler, Nicolas Boileau-Despréaux ou Ignacy Krasicki, les meilleurs succès du genre dans la période.

5Et pourtant, l’épopée est, dans la première modernité, bien vivante. Loin d’être imitation servile de l’antique, elle s’alimente et se renouvelle aux sources modernes, et surtout, elle est (caractéristique anthropologique essentielle du genre) en prise directe sur l’actualité de celles et ceux qui l’écrivent et la lisent. Ainsi, le dossier principal de cette livraison du Recueil ouvert entend-elle esquisser le début d’un panorama de la littérature épique de la Renaissance aux premières années du XIXe siècle, dans la tradition occidentale — laquelle s’étend, à travers la littérature coloniale, à la fois vers l’Extrême-Occident (en l’occurrence Cuba avec Silvestre de Balboa) et l’Extrême-Orient (avec les Lusiades de Camões).

6Pour aider le public francophone à se faire une idée de cette vivacité et de ses enjeux, nous avons opté dans ce dossier pour un détour par des corpus moins fréquentés par les études comparatistes, mais où l’épopée vit et se réinvente. Il est ainsi constitué autour de deux ensembles : d’une part, des articles rédigés par des spécialistes des littératures slaves de l’Europe médiane et balkanique (Roman Dąbrowski, Davor Dukić et Dragana Grbić) ; d’autre part, des articles traduits du portugais du Brésil issus de la collaboration du Projet Épopée avec la Revista Épicas, portant sur les domaines lusitain et latino-américain (Fabio Mario da Silva et Raúl Marrero-Fente). À la charnière de ces deux ensembles, l’étude d’Hélio Alves jette un éclairage nouveau sur un texte souvent considéré comme le “premier” texte épique de la première modernité, Os Lusíadas de Luís Vaz de Camões. Les Lusiades sont en tout cas le premier par ordre de composition à avoir, d’une part, intégré le canon occidental et, d’autre part, eu une réception qui informa la première modernité épique à l’échelle internationale, ne serait-ce qu’en fournissant un modèle à la Gerusalemme liberata du Tasse.

De l’Est de l’Europe…

7Le dossier est ainsi consacré à des aspects moins connus en France de la littérature épique d’Europe médiane à l’époque moderne. L’article de Davor Dukić propose un panorama détaillé de la littérature épique croate des 16e et 17e siècles au croisement d’enjeux multiples : idéologiques (opposition des peuples chrétiens à l’Empire ottoman), politiques (luttes de pouvoir et d’influence entre la République de Venise et le Saint-Empire), dialectales (la littérature épique s’écrivant dans les différentes variantes du croate, štokavien ou čakavien).

8Toujours dans l’aire balkanique, Dragana Grbić livre une étude sur le premier poème épique de tradition littéraire écrit dans la langue vernaculaire serbe, Boz zmaja sa orlovi de Jovan Rajić (1791) : alors qu’en Croatie, comme le montre bien D. Dukić, de grands centres de culture humaniste comme Dubrovnik ont réalisé depuis longtemps la défense et illustration du vernaculaire (le štokavien de Dubrovnik étant la principale langue de prestige de la Croatie), le serbe accède tout juste au statut de langue littéraire dans les dernières décennies du 18e siècle. L’épopée de Rajić combine l’allégorie renaissante (le dragon ottoman contre les aigles chrétiennes), le burlesque (dans la présentation du prophète Mahomet, allié supérieur du camp turc) et le registre héroïque le plus sérieux (dans le traitement des sièges et des assauts des chants II, III et IV).

9En remontant vers le nord, Roman Dąbrowski décrit l’évolution de l’épopée polonaise dans la littérature des Lumières, des années 1770 avec les poèmes d’Ignacy Krasicki aux premières décennies du 19e siècle (rappelant, s’il en était besoin, que la périodisation en contexte comparatiste est un exercice de souplesse intellectuelle). L’inventivité épique y combine la réflexion néoclassique et le fond mythologique hérité de l’Antiquité avec des thèmes nationaux, qu’ils concernent un microcosme (la vie des moines et leur place dans la société, traitées par Krasicki sur un mode héroïcomique inspiré du Lutrin) ou les grands engagements militaires des siècles passés (la bataille de Chocim contre les Turcs pour Krasicki encore, ou la Grande Guerre du Nord contre Charles XII de Suède).

10Ces trois études font apparaître, au-delà de différences aussi évidentes qu’inévitables, une continuité et une cohérence dans le développement de l’épopée savante en Mitteleuropa. Le fonds classique issu de l’humanisme est, comme partout en Europe, un matériau disponible commun à tous nos poètes. Les formes métriques et strophiques s’échangent : si les latinistes ou les francophones sont habitués au discours continu des hexamètres dactyliques ou des alexandrins en rime plate, le modèle stophique s’impose largement dans l’épopée médio-européenne. L’ottava rima imitée du Tasse triomphe dans la poésie classique polonaise ; octaves et quatrains dominent l’épopée baroque croate, quand le trzynastozgłoskowiec (le tridécasyllabe ou alexandrin polonais) devient chez Jovan Rajić une sorte de distique épique dont le balancement rythme l’épopée burlesque d’une façon inégale qui n’est pas sans évoquer la diction élégiaque des anciens. Le genre épique, par son prestige, joue aussi le rôle de défense et illustration des langues slaves : c’est particulièrement sensible dans le domaine croate, où la concurrence entre le štokavien de Dubrovnik et le čakavien s’exprime par une concurrence épique, ou par l’intérêt que portent au genre les membres du cercle d’Ozalj ; Jovan Rajić, quant à lui, donne à la langue vernaculaire des Serbes ses lettres de noblesse. En Pologne, le caractère littéraire de la langue est déjà, au 18e siècle, richement affirmé ; l’innovation des poètes de l’époque stanislavienne et du premier 19e siècle vaut surtout comme réforme stylistique, la fluidité classique se substituant aux circonlocutions baroques teintées de macaronisme.

  • 1 Le guslar est le barde serbo-croate, qui chante les récits épiques en s’acc...

11La persistance en Europe médiane et balkanique de traditions épiques orales est visible dans le développement de l’épopée savante moderne. Nikola Zrinski en subit l’influence en traduisant du hongrois Le Siège de Szigét, et Jovan Rajić emprunte au formulaire des guslari1 certaines tournures de son poème, première épopée savante serbe. L’influence de l’oralité épique sur la Wojna chocimska de Krasicki fait, quant à elle, un détour par la poésie ossianique, construisant à travers l’imprimé le rêve d’une parole épique retrouvée (qui hantera les Romantiques).

12Idéologiquement, les préoccupations régionales et nationales se doublent d’enjeux théologico-politiques supra-nationaux, ancrés dans la rhétorique contra Turcos et l’idéologie militante qui investit les peuples de l’antemurale Christianitatis d’une mission sacrée de défense de l’Occident. Ce fonds idéologique nourrit un imaginaire obsidional qui domine largement dans les Balkans (qu’il s’agisse du siège de Szigetvár traité en hongrois et en croate par les frères Zrinski ou de ceux de Bender et de Belgrade chez Jovan Rajić), et opère une jonction actualisante avec l’inspiration homérique et l’Iliade, poème du siège par excellence, familier à tous les auteurs humanistes traités par nos contributeurs.

…aux Indes occidentales

13À l’imaginaire du siège, les épopées de l’Ouest de l’Europe préfèrent celui de la conquête. Hélio Alves fait dans son étude, avec concision et fermeté, le point sur un certain nombre d’enjeux de lecture de Os Lusíadas de Luís Vaz de Camões, poème épique séminal de la Renaissance et de l’expansion coloniale vers les Indes orientales : la figure du poète épique, ses liens avec le pouvoir, la représentation de personnages vivants ou appartenant à un passé immédiat, pour terminer sur la conjonction (la concurrence) systématique et problématique, dans l’épopée, de l’entreprise esthétique avec le projet idéologique. Le jugement que le poète irlandais Seamus Heaney portait sur le chant VI de l’Énéide et sa catabase — “the best of books and the worst of books”, le plus sublime au plan esthétique et le plus servile au plan politique, pourrait mutatis mutandis s’appliquer à l’œuvre de Camões : sublime d’invention, mais composé dans une certaine urgence politique et marqué par une xénophobie qu’on ne peut plus lire sans sourciller.

14Du côté des Indes occidentales, Raúl Marrero-Fente présente dans son étude, fondée sur des microlectures très fines, l’intégration de la flore du Nouveau Monde à l’imaginaire épique dans la première épopée cubaine, Espejo de paciencia (1608) de Silvestre de Balboa. L’exotisme de la végétation luxuriante de Cuba s’intègre à la tradition épique occidentale autant qu’elle l’altère : les dispositifs fictionnels néoclassiques de la cornucopia et du locus amœnus luxuriant peuplé de silènes fournissent l’occasion d’une description naturaliste bien informée qui, en retour, leur donne une actualité nouvelle. Le merveilleux mythologique (toujours présent dans le contexte des expéditions chrétiennes outre-Atlantique) se double ainsi d’une merveille botanique qui enchante le poème dans sa fiction (elle fournit un cadre inédit à l’action épique) et dans sa diction (le poète emploie une terminologie indigène pour désigner les plantes et fruits américains). La langue des dieux, véhicule traditionnel de l’admiratio épique, est relayée ici par la langue de l’Autre.

15Enfin, Fabio Mario da Silva propose une étude sur des poétesses épiques de la première modernité portugaise : Maria de Mesquita Pimentel, autrice d’une épopée sacrée en portugais consacrée à l’enfance du Christ, et Bernarda Ferreira de Lacerda, autrice d’une épopée en castillan (inachevée) sur la conquête mauresque de la péninsule ibérique et la Reconquista. Ces deux poétesses épiques du XVIIe siècle ibérique, si elles ont intégré la domination masculine qui préside à la culture européenne en général et au genre épique en particulier, s’emparent néanmoins de sujets sérieux, qu’il s’agisse du passé militaire ou de l’histoire sainte, et adoptent pour ce faire différentes stratégies, comme le patronage marial — qui ancre leur écriture dans une religiosité conçue comme une vertu éminemment féminine, mais insiste aussi sur la dimension féminine du christianisme. L’écriture féminine a ainsi toute sa place tant dans la grande chaîne des épopées sacrées de la première modernité, de la Sepmaine de Du Bartas à Der Messias de Klopstock, en passant par Paradise Lost de Milton, qui s’enrichit ainsi du poème de Soror Maria de Mesquita Pimentel, que dans le très vaste corpus des épopées fondatrices à thème théologico-politique dans lequel s’inscrit le poème de Bernarda Ferreira de Lacerda.

II. Éléments de synthèse

16Ces études font apparaître un certain nombre de traits et de problématiques transversales de l’épopée à l’époque moderne. En voici un premier inventaire.

Questions de définition

17L’une des questions les plus récurrentes sur l’épopée à l’époque moderne est celle de sa définition : qu’est-ce, au juste, qu’une épopée ? Et les textes présentés comme tels méritent-ils seulement cet intitulé générique ? Questions crispantes que les poétiques de la première modernité, de Scaliger à Dmochowski en passant évidemment par Boileau, tentent de résoudre en théorie — l’auteur de l’Art poétique polonais finissant par avouer à demi-mot l’échec national dans le genre, et terminant la section sur l’épopée par un véritable appel à poèmes : la Pologne est toujours en manque d’une vraie épopée. Des lectures inspirées par les théoriciens du roman (comme le jeune Lukács) ont pu voir dans cette instabilité générique la marque d’un passage de témoin de l’épopée au roman (éminemment revendiqué au 18e siècle par Henry Fielding), lequel serait le genre moderne par excellence. De fait, la dimension romanesque introduite par les intrigues sentimentales dans l’épopée sur le modèle du Tasse (auteur aussi de l’Aminta, roman pastoral) rapproche l’épopée du roman et peut être, chez les imitateurs de ce poète, un facteur de déséquilibre dans l’économie narrative du poème (D. Dukić en relève un certain nombre d’exemples dans les épopées croates). Mais ne perdons pas de vue non plus que cette dimension “romanesque” remonte à l’Énéide et aux amours de Didon et d’Énée — et que, de même, les personnages d’enchanteresse (comme Circé ou Calypso) ou de vierge guerrière (comme Camille) ont leurs modèles chez Homère et Virgile autant que chez l’Arioste (dont l’Orlando furioso est notoirement difficile à classer entre l’épopée et le roman en vers). En définitive, comme Hélio Alves le montre bien, la définition du genre est peut-être davantage anthropologique que théorique : il s’agit qu’un texte fasse, dans le moment où il est composé, ce que l’on attend de lui (et que l’on attend de l’épopée). Les Lusiades de Camões sont en cela un texte efficace, comme le sont nombre des épopées croates étudiées par Davor Dukić ou l’épopée serbe étudiée par Dragana Grbić. Est épopée le poème qui fonctionne dans un dispositif épique.

Travail épique et “reportage”

18En quoi consisterait un tel dispositif ? L’un des traits les plus marquants de l’épopée moderne est qu’elle intègre une fonction référentielle qui domine un nombre très important de textes : l’épopée est, fréquemment, un reportage poétique. En Croatie, comme le note D. Dukić, elle peut être la principale source d’information sur l’actualité militaire et politique (relayant ainsi, à l’écrit, une fonction possible du chant épique oral). Il en va de même pour l’épopée de Rajić étudiée par D. Grbić, mais aussi pour l’épopée du Nouveau Monde de Silvestre de Balboa, dont Raúl Marrero-Fente souligne la précision informative, puisée dans des sources viatiques et naturalistes. Cette fonction référentielle affecte jusqu’à la disposition typographique de l’épopée, qui s’assortit de notes historiques (pratique présente déjà chez Voltaire et qu’on retrouve chez Rajić ou dans la Pułtawa de Muśnicki par exemple) : le texte poétique se double ainsi d’un sous-texte référentiel qui autorise la fiction — dans le double sens qu’il atteste la valeur factuelle du poème, et qu’il libère ainsi la fiction (et la diction) poétique des exigences de la stricte référentialité. D’autres épopées (notamment en Pologne, comme le montre R. Dąbrowski) s’intéressent à des événements d’un passé militaire relativement récent (plus ou moins un siècle) : moins que réactiver un passé lointain, ces poèmes configurent un passé immédiat dont la mémoire est encore vive. Un passé lointain, historique ou mythique, est enfin toujours présent dans de nombreuses épopées de fondation : Wojna chocimska de Krasicki et la Jagiellonida de Tomaszewski (R. Dąbrowski) traitent des événements datant du Moyen Âge ou du début du 17e siècle, mais qui cristallisent, pendant et après les Partages de la Pologne, l’idéologie nobiliaire qui est alors au cœur de l’identité nationale polonaise. L’épopée sacrée de Soror Maria de Mesquita Pimentel est celle qui remonte le plus loin (aux anges rebelles), et peut-être la plus éloignée de l’actualité immédiate (en faisant abstraction de l’importance du sentiment religieux à l’âge baroque) ; mais le traitement des affrontements hispano-mauresques dans celle Bernarda Ferreira de Lacerda est aussi le moyen d’insister, comme le souligne F. Maria da Silva, sur la solidarité hispano-portugaise. Le “travail épique” (pour reprendre le concept proposé par Fl. Goyet) n’est ainsi absolument pas étranger à l’épopée moderne.

Questions de temporalité

19Cette proximité de certains poèmes avec les événements quasi-immédiats qu’ils dépeignent induit une forme d’urgence épique, perceptible dans la rapidité de composition de Jovan Rajić ou de certains poètes croates. L’exemple le plus frappant reste cependant le plus ancien du dossier : celui de Camões, sur lequel pesait des exigences de publication dont Hélio Alves étudie l’impact sur la facture du poème. Si elle est une tendance réelle, cette urgence n’est évidemment pas un trait constant — et l’écriture épique féminine décrite par Fabio Mario da Silva, notamment, semble se développer dans un (relatif) otium studiosum, conséquence directe de la condition des femmes dans la première modernité (sans oublier le fait que Maria de Mesquita Pimentel vit au couvent).

Questions d’intertextualité

20Qu’elles émergent de l’otium ou de l’urgence poétique, les épopées modernes ont toutes en commun une intertextualité évidente et revendiquée avec le canon antique (Homère et Virgile) et la Fable (la mythologie classique). Cette intertextualité domine parfois le genre à tel point que certains critiques (comme Alexander Pope, sous le déguisement de Scriblerus) ont pu dénoncer l’entreprise épique moderne comme un jeu de réécriture un peu servile. L’émulation des grands modèles antiques prendrait dans la première modernité une dimension au mieux ludique, au pire “mécanique”, qui ressortirait davantage à un plaisir (qui pourrait être post-moderne s’il n’était, en fait, juste moderne) de l’intertextualité et du jeu citationnel. Dans notre dossier, les poèmes polonais sont sans doute ceux où le jeu citationnel est le plus évident et le plus revendiqué. Dans la Monachomachia, le traitement héroïcomique de topoï homériques est ouvertement parodique ; mais c’est aussi le cas dans l’épopée sérieuse qu’est Wojna chocimska, où l’imitation revendiquée des modèles anciens dans la poétisation de l’histoire nationale équivaut selon R. Dąbrowski à une mise à distance, à une forme de déréalisation du matériau historique premier. Il ne faudrait cependant pas considérer trop vite les grands modèles comme une ornière, et certains s’en affranchissent très bien : témoin le poète croate Dživo Gundulić, qui, parti pour traduire la Gerusalemme liberata, préfère finalement écrire sa grande épopée, Osman, à partir d’événements immédiatement contemporains (la bataille de Khotyn et le coup d’état contre Osman II), l’urgence épique se substituant à la reconduction de la tradition épique classique et humanistique. Et par ailleurs, le recours à des formes de burlesque ou d’héroïcomique peut être profondément sérieux : c’est le cas notamment dans l’épopée de Rajić, à propos de laquelle D. Grbić montre bien que sa dimension comique n’empêche absolument pas le sérieux des enjeux politiques et de l’entreprise culturelle (le registre sério-comique s’affirmant déjà comme un trait définitoire des littératures de la Mitteleuropa, et faisant écho à certaines analyses de Claudine Nédélec sur la nature proprement épique des poèmes burlesques français).

Figures du poète épique

21L’intertextualité, dans une époque qui n’est pas soumise au paradigme créatif de l’originalité, n’empêche ainsi pas les poètes épiques d’affirmer des personæ littéraires fortes. C’est le cas de Camões, dont H. Alves étudie l’éthos de poète à la lumière des analyses de Robert Durling sur la figure du poète épique à la Renaissance. Si les poétesses épiques portugaises ont intériorisé le modèle patriarcal qui marginalise leur écriture, elles ne diminuent pas pour autant leur mérite poétique mais le revendiquent à juste titre, quoique peut-être d’une manière plus détournée, comme le souligne F. Mario da Silva. Jovan Rajić affirme inventer (ou désirer) les événements qui ne figurent pas dans ses sources, se distanciant ainsi de la figure du chroniqueur (malgré l’exactitude journalistique revendiquée par le péritexte de son épopée). Quant à Krasicki, il ouvre sa Wojna Chocimska sans appel à une instance supérieure — qu’elle soit la Muse (Calliope ou, pourquoi pas, Clio), une Muse christianisée à la façon de Milton (“Sing, Heavenly Muse”), ou la Vérité voltairienne sous le patronage de laquelle était placé le récit de la Henriade. R. Dąbrowski voit dans cette absence de référence aux figures de l’inspiration, ce vide intertextuel au seuil du poème, une revendication implicite de la maîtrise totale du poète sur sa matière.

Dysfonctionnements mythologiques

22L’absence d’invocation à l’ouverture d’un poème consacré à une bataille au fort enjeu religieux signale, aussi, l’une des principales difficultés de l’épopée moderne et la source de ses principaux dysfonctionnements : la mise en place d’un merveilleux cohérent — d’un plan divin et allégorique qui puisse, comme le souhaitait Voltaire dans le paratexte de la Henriade, constituer un “système du merveilleux”. H. Alves voit dans l’étrange économie des entités mythologiques dans Les Lusiades (leurs apparitions et disparition, leurs revirements arbitraires qui en font, assez littéralement, des dei ex machina) l’un des principaux problèmes dans la facture du poème. La question de la cohérence fictive et de l’acceptabilité doctrinale des êtres de la Fable varie grandement selon les contextes : tous les traits de l’Arcadie (silènes et nymphes compris) sont convoqués dans la luxuriante Cuba de Silvestre de Balboa, dans un jeu d’échanges dont on a parlé plus haut ; et les poétesses portugaises étudiées par F. Mario da Silva n’ont guère de réticences à convoquer les figures néoclassiques de l’inspiration comme Apollon aux côtés de la Vierge. (Au demeurant, Milton lui-même participera de ce mouvement, avec la “heavenly Muse” de son ouverture comme dans la description de l’Eden, peuplé chez lui aussi de satyres gambadants).

23Un autre mode d’approche est l’allégorie populaire en forme de devinette dans le baroque tardif de Jovan Rajić : le dragon représentant le Sultan, et les aigles bicéphales qu’il affronte les empires chrétiens de Joseph et Catherine. Cette complexité (le plan merveilleux est-il une illustration ou un déterminant de l’action militaire et politique ? est-il pure figure ou doit-il, comme chez le Tasse, avoir une substance théologique ?) conduit D. Dukić à aborder l’épopée croate par le prisme de sa laïcisation : la machine merveilleuse peut ainsi y être extrêmement présente (comme chez les frères Zrinski), comme l’action humaine peut être radicalement détachée du surnaturel, dans une affirmation de l’autonomie du politique vis-à-vis de forces supérieures réelles ou supposées (chez Dživo Gundulić e.g.).

Idéologie et équité poétique

24Une grande partie du travail philologique qui incombe aux épicistes spécialistes de la première modernité est de reconstituer des contextes locaux, parfois très éphémères (notamment dans le cas des épopées d’actualité qui abondent dans la période), dont les enjeux ont perdu toute urgence et toute importance depuis des siècles : allégeance à tel ou tel prince, satire de tel ministre ou capitaine, etc. L’approche de ces épopées, effectivement, peut difficilement se passer de l’érudition dont font preuve tous nos contributeurs — dont les plus historiens parmi nos poètes ont anticipé le travail en écrivant eux-mêmes (une partie de) leurs notes de bas de page. Mais c’est précisement en quoi consiste l’entreprise épique : à injecter dans l’histoire un sublime poétique qui permette la survie des événements dans la littérature quand ils auront depuis longtemps disparu des mémoires vivantes. Les dysfonctionnements mythologiques ou politiques de nos textes viennent, en grande partie, de cette difficile conjonction du poétique et de l’idéologique (sur laquelle H. Alves conclut son étude des Lusiades) — et certains aspects de cette conjonction ne sauraient séduire les citoyen·nes du monde postmoderne (comme la xénophobie patente de certains passages des Lusiades). L’épopée moderne représente aussi, cependant, des attitudes idéologiques plus nobles, comme l’équité poétique modelée sur l’admiration homérique pour des Troyens comme Hector, que l’on trouve chez Dona Bernarda de Lacerda ou Barne Karnarutić. Même Jovan Rajić, dans un traitement poétique de l’actualité militaire et politique qui fait une très large part à la dérision caricaturale de l’ennemi avec toutes les ressources du bouffon, du grotesque et de burlesque, exprime une compassion (certes passagère) pour les civils ottomans expulsés de Belgrade.

Conclusion. L’épopée, ou les enchantements modernes du monde

25L’épopée est donc bien vivante dans la première modernité ; elle s’y réinvente au sein de traditions multiples (savantes et orales, lettrées et populaires). Cette inventivité déployée par les poétesses et poètes épiques des années 1500-1800 a, au-delà des différences historiques, régionales et linguistiques, une ambition commune : celle non pas de réenchanter le monde (car l’enchantement n’a, au seuil de la modernité, pas vraiment disparu), mais plutôt de le perpétuer. Que ce soit par les richesses livresques de la mythologie qu’il faut faire cohabiter avec le dogme révélé, ou par un herbier inconnu qui vient donner aux silènes et aux nymphes un charme nouveau ; par le plaisir de la devinette ou celui de la citation érudite, par la réécriture amusée ou l’affirmation de son pouvoir d’invention : l’épopée moderne, quelque référentielle qu’elle se veuille (si elle doit, parfois et à certains endroits, jouer le rôle de gazette poétique), apporte aux événements du passé comme du présent quelque chose en plus : de la poésie, tout simplement. Le sublime et le sourire des poètes·ses épiques de la première modernité accompagnent la conquête et la résistance, les litchis et le sang, l’amour et la haine ; ils posent, entre un passé perdu et un présent confus, une lentille d’intelligibilité dont la première ressource est l’imagination du lecteur, invité à apprécier la métaphore et l’invention qui lui rendent plus clair, plus proche ou plus acceptable les objets du texte. Désenchantée, la première modernité ? Pas, en tous cas, pour celles et ceux qui y écrivaient — et y lisaient — des poèmes épiques.

III. Le Recueil Ouvert évolue

26Les lectrices et lecteurs familiers du Recueil ouvert remarqueront dans cette livraison quelques changements éditoriaux. Comme à l’accoutumée, cette livraison du Recueil est structurée en sections, le dossier qui vient d’être présenté relevant de la section 2 (L’épopée, problèmes de définition I - Traits et caractéristiques). Les nouveautés concernent la section 4 (État des lieux de la recherche), qui s’enrichit aujourd’hui d’un grand article, et comptera dorénavant une nouvelle rubrique, intitulée “Panorama de la critique brésilienne”.

Possibilité de publier dans le Recueil ouvert des articles en anglais

27Pour la première fois, le Recueil ouvert accueille des articles en anglais, se donnant ainsi la possibilité d’accueillir dans ses pages les travaux de spécialistes de domaines moins fréquentés par la bibliographie et les lecteurs francophones, comme on s’en apercevra ici avec le domaine balkanique. Cette innovation devrait permettre de continuer à élargir le champ des contributeurs et des domaines couverts par le Recueil dans sa cartographie du monde épique.

Naissance d’une nouvelle rubrique : “Panorama de la critique brésilienne ”

28Le Recueil ouvert accueillera désormais, dans sa section 4 : “État des lieux de la recherche dans le monde”, des articles traduits du portugais et parus dans la Revista Épicas animée par nos collègues brésiliens du CIMEEP/UFS. Le CIMEEP traduit de même régulièrement en portugais des articles parus dans le Recueil ouvert. Il s’agit ici encore de permettre une meilleure diffusion des travaux sur l’épopée, et d’offrir aux épicistes francophones et lusophones un meilleur accès à des corpus et des travaux qu’ils n’auraient pas forcément l’occasion de fréquenter autrement, renforçant la synergie entre nos deux groupes et revues. Cette rubrique est placée sous la responsabilité de Camille Thermes, doctorante de l’Université Grenoble Alpes, dont les travaux portent notamment sur la littérature lusophone.

29Notre but est de mettre rapidement à la disposition du public francophone une série importante d’articles. Nous avons donc choisi de fournir à des collègues lusophones des ébauches de traduction DeepL, qu’ils ont bien voulu commenter afin que nous puissions les retravailler. Nous les en remercions vivement. La direction du Recueil ouvert assume cependant seule la responsabilité de ces versions françaises.

30Pour ce premier groupe d’articles, nous avons choisi six textes. Deux d’entre eux traitent de la Première Modernité au Brésil, et font donc partie intégrante de la réflexion menée dans notre dossier – ils ont été présentés ci-dessus. Quatre autres articles traitent des relations entre la littérature la brésilienne et l’épique.

31Par une étude génétique, Acízelo de Souza examine les choix qui ont amené Gonçalves Dias à choisir la forme épique pour son poème Os Timbiras, resté inachevé. “Os Timbiras, un projet à contretemps” s’appuie donc sur les données biographiques pour comprendre l’émergence de ce projet épique, mais analyse aussi l’ambiguïté de la réception critique de cet auteur brésilien métis, aux XIXe et XXe siècles.

32Dans “Forge épique et sens tragique dans Grande Sertão, Veredas”, Danielle Corpas montre que les références et la tonalité épique du célèbre roman de Guimarães Rosa (Diadorim en français) sont au service d’un sens tragique dans la représentation de la matière brésilienne : la composition permet de faire apparaître l’éternel retour de la violence systémique et le non-dépassement des problèmes de l’expérience.

33Teresa Virgínia Ribeiro Barbosa adopte une approche sociolinguistique pour proposer une lecture politique de l’usage des variantes dialectales chez Homère et Guimarães Rosa. “Une Nation se fait avec de la littérature” offre également une audacieuse traduction “métaplasmique” de certains passages de L’Iliade.

34Dans un approche comparatiste, Éverton de Jesus Santos et Gisela Reis de Gois font dialoguer South America mi hija de Sharon Doubiago et “Alturas de Macchu Picchu” de Pablo Neruda. “Canto general et South america mi hija : regard sur ‘Alturas de Macchu Picchu’” montre alors que si ces textes ont des préoccupations communes, telles la justice poétique et l’identité latino-américaine, l’œuvre de Sharon Doubiago place les femmes au centre de son œuvre, en réaction à l’oubli dont elles font l’objet dans la poésie épique de Neruda.

“État des lieux de la critique dans le monde” : La critique italienne sur la chanson de geste. I/II

35Enfin la section IV, consacrée à l’“État des lieux de la recherche dans le monde”, s’enrichit d’un grand article de Giulio Martire, de l’Université de Bari, qui livre le premier des deux volets d’une très importante présentation sur la critique italienne concernant la chanson de geste. Pour tâcher de caractériser cette tradition critique très riche, G. Martire a choisi d’analyser ici l’intégralité des contributions italiennes aux travaux de la Société Rencesvals, ce qui donne un tableau précis des intérêts et des avancées qu’on doit à ces chercheurs. Dans notre prochaine livraison, dirigée par Philippe Haugeard, et qui sera consacrée à “L’Intelligence dans la chanson de geste”, G. Martire présentera le deuxième volet de son étude, complétant ce tableau par l’analyse plus précise du Congrès fondamental de 2015 et par la présentation des thèses récentes sur le sujet en Italie.

              

              

              

              

English translation. Introduction

I. Early modern epics : in search of a global perspective

36Malevolent wizards, exotic plants, the Virgin Mary alongside Phoebus as a figure of inspiration, a vicious dragon fighting double-headed eagles, a sea captain changed into a giant rising out of the ocean to warn fellow sailors—and (as was expected) intrigues, battles and prodigies : the epic genre is, during the early modern period, both alive and inventive. The momentous changes of modern times (technical progress like the printing press, the new Baconian and Cartesian thinking) did not put an end to the tradition of writing lengthy, versified military tales with theologico-political stakes. The epic genre endured and flourished, chronicling current events as well as revisiting olden myths, adding the technical innovations and latest discoveries to the customary resources of poetic invention.

37The liveliness and inventiveness of early modern epic poetry is still not always fully acknowledged. That may be because the early modern period comes, in literary historiography, between two great epic periods—the Middle Ages, and the Romantic era. On the one hand, literary criticism as well as common historical imagery paint the Middle Ages as a golden age of oral poetry (that of the jongleurs, mediaeval broadcasters of epics) or, at least, of the emulation of orality (as in the parlance of the Arthurian romances) ; the chanson de geste provides the post-Antiquity paradigm of epic poetry of the Western world—in short, the age of chivalry is quite spontaneously epic. On the other, Romanticism is associated throughout Europe (even more so in Central and Northern Europe) to various national revivals fuelled by philosophical idealism as well as a renewed interest for oral traditions and folklore. Adam Mickiewicz’s Pan Tadeusz or Victor Hugo’s La Légende des siècles are testaments to the first, and the compilations of the Kalevala and Kalevipoeg of the second ; shorter texts like Byron’s Mazeppa demonstrate the pervasiveness of the epic register in Romantic poetry.

38Squeezed between the mediaeval epic cycles and the romantic epic outbursts, the early modern period may at times come across as dull where it comes to epic poetry. The French epic attempts, from Ronsard’s La Franciade to Voltaire’s La Henriade through the resounding failure of Jean Chapelain’s La Pucelle, are a literal textbook case of early modern poets vainly trying their strength against the epic genre. A poet as celebrated as Goethe is not particularly remembered as an epic poet, and the mix of bourgeois ideals and Weimarer Klassik in epic form that is Hermann und Dorothea is regularly counted among his duller works. Some sacred epics (Milton’s Paradise Lost, Klopstock’s Der Messias) are still celebrated, albeit with caveats regarding the arduousness of their poetic language. Somehow, the early modern period seems too obsessed with the stakes of equalling (or besting) the ancient poets and succeeding in that supreme genre (a status the epic acquired at the expense of tragedy during the Renaissance) to really do either. The epic, it could seem, best survived in degraded forms through the burlesque and mock-heroic genres, to which belong some of the period’s best-sellers by Paul Scarron, Samuel Butler, Nicolas Boileau-Despréaux, or Ignacy Krasicki.

39And yet the epic was well alive during the early modern period. Far from being slavishly imitative of ancient models, it drew from (and renewed itself at) more modern sources ; it never stopped addressing the immediate circumstances of those who wrote and read it—which is a defining anthropological trait of the genre. This issue’s main dossier, therefore, aims to sketch the first outline of a global approach to epic literature from the Renaissance to the early decades of the 19th century in the Western tradition, which reaches, via colonial literature, to the Far East (with Camões’ Os Lusíadas) as well as far West (namely to Cuba, with Silvestre de Balboa).

40To introduce the reader to the vast inventiveness and intricate stakes of early modern epics, the choice has been made to focus on lesser-known domains which are seldom (though unduly) featured in comparative studies on the genre. The first half of the dossier comprises studies by specialists of the Slavic literatures from Central and Southern Europe (Roman Dąbrowski, Davor Dukić and Dragana Grbić) ; the second half includes two articles translated from the Portuguese (Brazil) discussing aspects of Lusitanian and Latin American epic literature (Fabio Mario da Silva and Raúl Marrero-Fente), which previously appeared in Revista Épicas, as part of a bilateral translation effort between our two journals. The transition between these two sets rests on Hélio Alves’s discussion of Luís Vaz de Camões’ Os Lusíadas—a poem which, while it may not be the “first” early modern epic, is one the earliest to have joined the Western canon and whose reception had a shaping influence on later epics, if only because it served as the direct model of Tasso’s Gerusalemme liberata.

From the East of Europe…

41The first part of the dossier focuses on lesser-known aspects of early modern Central European literature. Davor Dukić’s study offers a detailed overview of Croatian epic poetry through the 16th and 17th centuries, accounting for parameters either ideological (defending Christianity against the Ottomans), political (Croatia being the object of an ongoing strife between the Venetian Republic and the Hapsburg Empire), and even linguistic (epics being written in one of several Croatian dialects).

42Still in the Balkans, but a little further East, Dragana Grbić discusses the first Serbian epic poem written in the learned, humanistic tradition, Jovan Rajić’s Boj zmaja sa orlovi (1791) : while in Croatia lively centres of humanist learning such as Dubrovnik had long established the vernacular language as a literary one (as shown by D. Dukić), the Serbian language was in the later decades of the 18th century only just becoming a literary language. Rajić’s epic poem combines Renaissance-style allegory (an Ottoman dragon fighting Christian eagles), the burlesque (in the buffoonish portrayal of Prophet Muhammad as the supernatural ally of the Turks), and an earnest heroic register (in the telling of the military events of cantos II to IV).

43Moving North, Roman Dąbrowski describes the evolution of the epic during the Polish Enlightenment, from Ignacy Krasicki’s poems in the 1770s to the first decades of the 19th century (demonstrating, if need be, that periodisation in a comparative setting is an exercise requiring flexibility). Epic inventiveness there mixes neoclassical poetics and ancient mythology with national themes either societal (the lives and roles of monks, treated by Krasicki in mock-heroic form) or military/political (the battle of Chocim against the Turks, the Great Northern War against Sweden…)

44These three thorough and far-reaching studies together show, beyond differences as obvious as they were to be expected, a consistency in the development of the literary epic in Mitteleuropa. The tropes and mythology of ancient epics relayed by humanistic culture is, there as all over Europe, readily available material for the poets. Metres and stanzas circulate through the area. While Latin epic was written in iambic hexameters and French epics in double-rhymed alexandrines, Central European poets seem to favour various stanzas : Tasso’s ottava rima becomes a norm in Krasicki’s Polish epics ; quatrains and octaves are the main form of Croatian epic, while the trzynastozgłoskowiec (Polish 13-syllable alexandrine) becomes in Jovan Rajić’s poem an “epic distich” of sorts, whose unequal rhythm is sometimes used to striking effect. The prestige of the epic genre also serves to ennoble the Slavic vernaculars : in Croatia, Dubrovnik štokavian and čakavian compete for prestige status via epic compositions, and the genre retained the attention of members of the Ozalj circle ; Jovan Rajić demonstrates the literary potential of the vulgar tongue by composing his epic. While no one in the 18th century would have doubted that the Polish language was a literary one, the poets of the Stanislavian and post-Stanislavian era were stylistic reformers who departed from the overly Latin (if not deliberately macaronic) poetic diction of the Sarmatian Baroque to revert to the more fluid style of humanistic poetry.

  • 2 The guslar is the Serbian epic bard, who sings the epic songs while accompa...

45The enduring oral epic traditions of Central Europe also leave their mark on these epics : Nikola Zrinski was exposed to their influence in his translation of The Siege of Szigét, as was Jovan Rajić who borrowed some formulas from the guslar2 repertoire. Epic orality in Krasicki’s Wojna chocimska is more influenced by Ossian, perpetuating in the culture of print the dream of primitive epic orality that would later haunt the romantics.

46Ideologically, regional and national stakes combine with supra-national ones, grounded in contra Turcos rhetorics and the militant ideology that conferred on the peoples of the antemurale Christianitatis the sacred mission to defend the West. From there stems an obsessive imagery of besiegement, of which the many sieges recounted by our poets (that of Szigétvar for the Zrinski brothers, in Hugarian and Croatian ; those of Bender and Belgrade in Jovan Rajić’s poem) are as many particular instances. Homeric inspiration, with the Iliad as a paragon of the siege poem, runs through this corpus.

…to the West Indies

47In the West, besiegement is less important than colonial conquest. Hélio Alves delivers a concise but firm synthesis on the political, ideological and aesthetic stakes of Luís Vaz de Camões’ Os Lusíadas, a seminal work of Renaissance epic poetry that launched the poetic treatment of colonial expansion : the figure of the epic poet, his involvement with political power, the representation of living or recently deceased characters, and the concurrence (and competition) between the poem’s aesthetic objectives and its political overtones. Seamus Heaney’s remark about Aeneid VI, that it was “the best of books and the worst of books” (aesthetically sublime, politically subservient), could mutatis mutandis be applied to Camões’ work : beautifully inventive, but written with political urgency and riddled with a xenophobia that today elicits more that raised eyebrows.

48Turning to the West Indies, Raúl Marrero-Fente examines, through thorough close readings, the way in which the flora of the New World was integrated to epic imagery in the first Cuban epic, Silvestre de Balboa’s Espejo de paciencia (1608). The exoticism and luxuriousness of Cuban plant life inflected the epic inventio as much as it was assimilated into it : the classical topoi of the cornucopia and a locus amoenus populated by nymphs and satyrs serve as an excuse for a well-informed botanical description which, in turns, reinvigorates these somewhat hackneyed figures. The mythological marvellous (still widely accepted in modern Christian epics) is complemented by botanical marvels which inspire the poem’s fiction (by providing a new setting) and diction (as the poet employs native terminology the refer to the new plants). The so-called “language of the Gods”, one of the traditional means of achieving epic admiratio, is superseded by the language of the Other.

49Last but not least, Fabio Mario da Silva studies female epic writing in 17th-century Portugal through the works of Maria de Mesquita Pimentel, who wrote a sacred epic in Portuguese about Jesus Christ’s childhood, and Bernarda Ferreira de Lacerda, whose epic in Castillan on the Moorish conquest of Iberia and the subsequent Reconquista remained unfinished. While they are aware that epic poetry is primarily a masculine business, these poetesses treat serious subjects (the military past or sacred history), using several strategies to legitimise their projects, such as claiming Mary’s holy patronage for their works, at once emphasising their piety (and eminently female virtue) and stressing the female element at the heart of Christianity. Female writing is therefore an integral part of the history of early modern epic poetry, both in the subgenbre of sacred epic (Maria de Mesquita Pimentel’s poem belongs in the same category as Du Bartas’ Sepmaine, Milton’s Paradise Lost or Klopstock’s Der Messias) and the more tradition genre of the foundation epic, with its theologico-political stakes.

Overall remarks

50These papers together throw some light on themes, devices and problematics that are recurrent in early modern epic literature. Here is a quick overview.

The Definition Issue

51One of the most recurrent questions about the epic during the early modern period is that of its definition : what is, exactly, an epic poem ? Do texts that are put forward by their authors as epics only deserve the name ? From Scaliger to Dmochowski through Boileau and many others, early modern poetics are full of attempts to answer this burning question. Dmochowski, author of a Polish Art of poetry (Sztuka rymotwówcza) eventually concedes that the genre has not yet rally appeared in the national language, and ends his development on the epic with a literal “call for poems” : Poland has would-be epics, and still lacks a real one. In the 20th century, analyses inspired mostly by the theorists of the novel (Gyorgy Lukács in particular) saw this generic instability as a sign that the mantle of the epic had been taken up by the novel, which was the modern genre par excellence (an idea Henry Fielding both theorised and illustrated in his works). And indeed there is something of the romance in the early modern epic : Tasso (who is also the author of a pastoral novel, Aminta) introduced romantic plots which have on occasion, at least in the work of his followers, created narrative unbalance and generic confusion (D. Dukić in particular shows this happening in Croatian epics). One should not forget, however, that this “romantic” side of the epic goes back at least to the story of Dido and Aeneas, and that characters such as awfully powerful (and sexually fascinating) enchantresses (like Circe) or warrior maidens (like Camilla) are modelled after Homer and Virgil as much as after Ariosto (whose Orlando furioso is itself a case study of generic ambiguity, in constant oscillation between verse romance and romantic epic). At the end of the day, as H. Alves show quite clearly, the definition of the genre may be more of an anthropological than a poetical nature : an epic should first and foremost do what is expected of it (and of the genre it belongs to). Os Lusíadas is, in that sense, an effective text, as are the Croatian and Serbian epics discussed by D. Dukić and D. Grbić. An epic is a poem that works as an epic should.

“Epic work” and reportage

52What should, then, an epic do ? One of the defining traits of the early modern epic as seen in this dossier seems to be an emphatic referential function, at work in a great many texts : the early modern epic is often, as least in part, a poetic reportage. In Croatia, it can even be the main source of information regarding current political and military events (D. Dukić), continuing—in an era of the written word—one of the primary functions of oral epic singing. The same is true of Rajić’s epic (D. Grbić), but also of the New World epic of Sivestre de Balboa, whose minute depictions draw from reliable sources (R. Marrero-Fente). This referential dimension even influences the typographical disposition of the epic, some poets taking it upon themselves to add historical notes to their verses (something Voltaire did extensively in the Henriade, and which is practiced by Rajić and Muśnicki as well) : the poetic text is supplemented by a referential counterpoint whose function is to authorise the fiction, in that it both attests of the factuality of the events depicted and gives more leeway to the poetical imagination (as accurate, prosaic informations are readily available should the fiction adapt, omit or distort them in any measure). Other epics (notably in Poland, as shown by R. Dąbrowski) are concerned with the recent military past (going more or less a century back from their time of composition) : their function is then to shape the collective memory of relatively fresh events. A more remote, faraway, or even mythical past is also still the subject of numerous epics : Krasicki’s Wojna chocimska, Tomaszewski’s Jagiellonida are set in the early 17th century or in the Middle Ages but are built around the core myths and values of the szlachta (the noble class who defined the Polish national identity in early modern times). Sister Maria de Mesquita Pimentel’s sacred epic goes the furthest back (to the rebel angels), an may not be as concerned with ongoing events as others ; but the account of the fights between the Spaniards and the Moors in Bernarda Ferreira de Lacerda, remote as they are, serves to outline the solidarity between the Iberian kingdoms. What Florence Goyet has dubbed “epic work” (the transposed representation and narrative exploration of modern crises) is certainly not absent from early modern epic literature.

Epic urgency

53The proximity of the composition of the poems with the events they depict induces a sense of epic urgency, particularly visible in Balkan epics (Jovan Rajić’s and some Croatian poets’). The most striking example remains the oldest in the corpus discussed here : H. Alves examines how the pressure Camões was under to publish swiftly affected the poetic equilibrium of the poem. While epic urgency is a widespread phenomenon it is certainly not universal : female epic writing, in particular, seems to flourish in a state of otium studiosum, as a direct consequence of the marginalisation of women in early modern times (and let’s not forget that Maria de Mesquita Pimentel was a nun leading a monastic life).

Intertextuality

54However they were born, these epics all share obvious and deliberate intertextual relations with the ancient canon (Homer and Virgil) and the pagan Fable. This intertextuality at times dominated the genre to such an extent that some critics (Alexander Pope in Scriblerian guise e.g.) denounced epic poetry as a somewhat subservient rewriting game. The emulation of prestigious forbears could thus appear as playful at best and “mechanical” at worst, only furthering the vain pleasure of cultural reminiscence and textual estrangement (which goes to show that such literary practices, while often deemed post-modern, are also early modern). The Polish epics in the dossier are probably those in which intertextual determinations are the more obvious and avowed. In Krasicki’s Manachomachia, the mock-heroic treatment of Homeric topoi is deliberately parodic ; in Wojna chocimska, the avowed imitation of the ancient epics in the poetic treatment of national history amounts, following R. Dąbrowski, to a de-realisation of the raw historical material. However, the sway of prestigious models over early modern epic poetry was not absolute : see Dživo Gundulić who set out to translate Tasso’s Gerusalemme liberata, but ended up writing his own epic, Osman, on recent events (the battle of Khotyn and the coup against Osman II) : epic urgency got the better of humanistic tradition in this case. It must also be noted that the burlesque and the mock-heroic are not only rewriting devices, and also occur in the treatment of profoundly serious events : D. Grbić shows quite clearly that the comic in Jovan Rajić’s poem does no disservice to the political and cultural stakes of the poem. (This goes to show that the seriocomic style was already emerging as a defining trait of Mitteleuropean literature, and echoes Claudine Nédélec’s position, that burlesque epic poems are fully epic poems).

Figures of the early modern epic poet

55Originality was not, during the early modern period, a dominant standard of literary value (a status it would start to claim increasingly during the 18th century and achieve with the Romantics) ; intertextuality and emulation proved no obstacle to the expression of strong creative personalities. H. Alves thus studies the poetic ethos of Camões in light of Robert Durling’s analyses of the figure of the epic poet in the Renaissance. The Portuguese epic poetresses discussed by F. Mario da Silva, while they are aware of the patriarchal structure of the social and literary worlds, are not made self-conscious by it : they do assert their right to a poetic voice and some poetic merit, albeit more discretely than their male colleagues. Jovan Rajić uses his roles as a poet and an archimandrite to “wish for or invent” what is not factually certain in his epic, despite the referential effort displayed in his footnotes, thus distancing himself from the figure of a chronicler and asserting the autonomy of his poetic voice. Krasicki opens Wojna chocimska without any call on a superior power—be it the Muse, pagan (Calliope or Clio) or christianised (like Milton’s “Heavely Muse”), or even Truth (under whose patronage Voltaire placed the Henriade). R. Dąbrowski sees in this refusal to follow the traditional opening of the epic, in this intertextual void, the assertion of the poet’s complete mastery over his material.

When mythology malfunctions

56The lack of a proper invocatio in the opening of a poem recounting a battle between the forces of Christendom and their Ottoman enemies points the reader in the direction of one of the most problematic things in early modern epic poetry : the elaboration of a consistent mythology to constitute, as Voltaire put it, a “system of the marvellous”. In short, the early modern epic malfunctions when it comes to belief systems. According to H. Alves, the main structural fault in Os Lusíadas is the somewhat erratic behaviour of its mythological entities (whose comings and goings and arbitrary changes of heart makes them little more than dei ex machina), which is nowhere near systematic. Superior beings must be at once consistent within the fiction and doctrinally acceptable for the reader, sometimes putting poets at odds with religious sensibility (and, in the worse cases, religious authority) : both those parameters vary greatly through the corpus. Silvestre de Balboa’s luscious Cuba has all the trappings (including satyrs and nymphs) of a tropical Arcadia, as discussed above ; F. Mario da Sila’s epic poetesses have no qualms mentioning Apollo and the Virgin Mary (Such syncretism is also to be found in Milton, who calls upon the “Heavenly Muse” and writes a version of Eden where dancing satyrs can be spotted).

57Another solution for the superior plane of the poem is allegory, as recommended by Boileau in the Art poétique. Jovan Rajić merges mythological allegories with a baroque fondness for didactic riddles : the titular Dragon stands for the Sultan, and the Eagles for the Christian empires of Catherine the Great and Joseph II. While it is a defining trait of the genre, the superior plane of the action is a very complex thing to balance : does it merely illustrates the main events, or materially cause them ? is it only subject to poetic licence, or must it have proper theological substance ? All the more interesting, then, is Davor Dukić’s approach of the genre in terms of its secularisation : if some poems make ample use of the marvellous machinery (those of the Zrinski brothers e.g.), in others the course of human events is radically detached from any superior influence, thus affirming the autonomy of the political from higher determinations, real or invented (in Dživo Gundulić’s epic e.g.).

Ideologies and poetic justice

58Scholars of early modern epic poetry face the momentous philological task of reconstructing local contexts, sometimes very transient ones (especially in the case of “breaking news epics”), whose stakes have long lost all urgency : an allegiance to such or such, the satire of so-and-so, do not immediately connect with the preoccupations of 21st-century readers. Early modern epics today cannot dispense of an erudite commentary—although some poets did anticipate the philologists’ task by writing (some of) their own footnotes. This may be the challenge of any epic : to inject transient historical events with a poetic distance and sublimity that allow them to resound beyond their time. The poet’s task is therefore to combine harmoniously the poetical and the ideological, which is no easy task (see H. Alves’s conclusion) and gives rise to much of the mythological or political inconsistencies in the texts discussed here (and some aspects of this poetic/ideologic concurrence may prove quite unpalatable to post-modern readers, such as the xenophobia that transpires in numerous passages of Os Lusíadas and contra Turcos epics). Early modern epics do offer nobler attitudes to otherness, however, and still features the kind of poetic justice that is to be found in Homer’s portrayal of Hector and other Trojan heroes (that is the case of Dona Bernarda de Lacerda ou Barne Karnarutić e.g.). Even Jovan Rajić, whose poem savagely caricatures the most sacred tenets of Islam and violently derides sultan Selim and his officers, offers some compassion for the Muslim civilian population of Belgrade after the victory of field marshal Laudon.

By way of conclusion : the epic, or the enchantments of the early modern world

59The case has been made that the epic genre is alive in the early modern period, and reinventing itself at a crossroads of many traditions (literary and oral, popular and learned). Maybe the inventiveness displayed by the epic poets between 1500 and 1800 had, beyond all their differences, a common goal : not so much to re-enchant the world (which was not that disenchanted in the Renaissance) as to keep it enchanted. It found many ways to achieve that purpose : mythology resurrected from ancient books in Christian times, exotic plants whose novelty refreshes the charms of the fauns and nymphs ; testing the readers’ erudition with subtle rewriting games, or their sagacity with playful riddles, awing them with newfound resources of invention : early modern epics, while they still at times serve as something like poetic gazettes, add to the historical chronicle or the reportage of current events something more : poetry. The sublime and wit of poets is touches every aspect of early modern life : conquest and resistance, litchis and bloodshed, love and hatred ; they serve as a lens that allows readers to make better sense of a bygone past or a confused present. The readers’ imagination is engaged when they’re asked to marvel at the invention and decipher the metaphors that make the objects of the epic clearer, closer, or more acceptable.

III. New features in the Recueil ouvert

60Readers familiar with our publication will notice in this issue some editorial changes. The usual sections are represented : the central dossier presented above falls in section 2 (The epic and its definitions). The changes are to section 4 (Overview of contemporary epic studies), which includes a long-read original article and has a new subsection : “An overview of Brazilian epic scholarship”.

Papers in English will now appear in the Recueil ouvert

61For the first time, the Recueil ouvert publishes original papers in English. This allows our readers to access the work of specialists of literatures and languages less often represented in Western scholarship, us to call upon non-francophone scholars to contribute about the field of specialty, widening the scope of our studies, our pool of writers, and our readership.

A new subsection : an overview of Brazilian epic scholarship

62Section 4 of the Recueil ouvert will henceforth include French translations of articles that previously appeared in Revista Épicas, edited by our Brazilian colleagues of the CIMEEP (based at the Federal University of Sergipe). The CIMEEP already translates articles from the Recueil Ouvert in Portuguese (Brazil) to be published in Revista Épicas. This is, once again, to reinforce the synergy between our research groups and publications, and ensure a better global diffusion of research on the epic genre by offering French- and Portuguese-speaking scholars easy access to articles and corpuses they might not come in contact with otherwise. This sub-section is edited by Camille Thermes, currently a doctoral student at Université Grenobe Alpes, and whose research concerns lusophone literature.

63We aim to make an important number of articles available to the francophone public as quickly as possible. The articles published here were first translated by the DeepL AI, and post-edited in close coordination with our Brazilian colleagues, who have all our thanks for their time and effort. The editors of the Recueil ouvert take full responsibility for the French versions.

64Six papers have been selected for this first run. Two of them discuss aspects of early modern epic literature and have been included in the dossier presented above. The four other explore aspects of the epic in Brazilian and Latin American literature.

65Acízelo de Souza’s genetic study of Gonçalves Dias’s unfinished epic Os Timbiras explores the rationale choosing the epic form, drawing on biographical sources to explain how Dias’s project matured, and also examining the ambiguous reception of the work of this poet of mixed descent in the 19th and 20th centuries.

66Danielle Corpas shows that the epic tone and references in Guimarães Rosa’s novel Grande Sertão, Veredas further a tragic sense in the approach to Brazilian matter : the composition sheds light on the eternal return of systemic violence and unresolved existential questions.

67Teresa Virgínia Ribeiro Barbosa opts for a sociolinguistic approach in her analysis of dialectal variants in the works of Homer and Guimarães Rosa, which allows her to offer a bold “metaplasmic” translation of sections of the Iliad.

68Éverton de Jesus Santos and Gisela Reis de Gois offer a comparative reading of Pablo Neruda’s “Alturas de Macchu Picchu” (a section of Canto General) and Sharon Doubiago’s novel South America mi hija, showing that while those texts have shared imagery and problematics (such as poetic justice and Latin American identity), Sharon Doubiago’s work is centred around women, making their absence in Neruda’s work all the more obvious.

An article on Italian scholarship joins Section 4

69Section 4 of this issue includes the first part of a large-scale article by Giulio Martire (University of Bari) discussing the Italian scholarship on the chanson de geste. To characterise this rich scholarly tradition, G. Martire analysed all Italian contributions to the proceedings of the Société Rencesvals, recording the interests and breakthroughs of Italian epic scholars. Our next instalment, under the editorship of Philippe Haugeard, will be centred on “Intelligence in the chanson de geste” and include the second part of G. Martire’s article, discussing the essential conference of 2015 and recent Italian doctoral theses on the genre.

Notes

1 Le guslar est le barde serbo-croate, qui chante les récits épiques en s’accompagnant du son lancinant de la gusle (équivalent de la lahuta albanienne), sorte de violon monocorde tenu droit sur ses genoux.

2 The guslar is the Serbian epic bard, who sings the epic songs while accompanying himself on the gusle (a one-string violin played with a bow while it rests on the knees of the singer).

Pour citer ce document

Dimitri Garncarzyk, «Des épopées de la première modernité (1500-1800), de la Mitteleuropa aux Indes occidentales : pour un panorama / with english translation (2020)», Le Recueil Ouvert [En ligne], mis à jour le : 14/10/2021, URL : http://ouvroir-litt-arts.univ-grenoble-alpes.fr/revues/projet-epopee/349-des-epopees-de-la-premiere-modernite-1500-1800-de-la-mitteleuropa-aux-indes-occidentales-pour-un-panorama-2020

Quelques mots à propos de :  Dimitri  Garncarzyk

Dimitri Garncarzyk est maître de conférence en littératures comparée à l’Université de Perpignan-Via Domitia. Licencié en anglais, agrégé de lettres modernes, lauréat du Prix dix-huitième siècle (2013) décerné par la SFEDS pour ses travaux de Master et boursier de la Fondation Thiers (2017-1018), il a consacré sa thèse de doctorat à l’épopée (sérieuse et comique) dans les classicismes d’Europe septentrionale (Boileau, Voltaire, Pope, Holberg, Krasicki). Ses recherches, développées au sein du « Centre de Recherches sur les Sociétés et Environnements en Méditerranées » (CRESEM, UR 7397 UPVD), portent sur la poésie (épique, pastorale, lyrique) baroque et classique de la première modernité en Europe centrale (Pologne, Pays tchèques, Autriche, Balkans), sur l’histoire du classicisme littéraire comme mouvement paneuropéen, et   sur la théorie esthétique des philosophes empiristes des Lumières (Batteux, Hume, Reid, Śniadecki).