Dossier Acta Litt&Arts : La traduction du savoir et ses méthodes

Arnaud Boutle

La percée du manga en France

Texte intégral

Introduction

1On s’entend généralement à définir la création de bande dessinée comme un phénomène mondial. Il est cependant aisé de mettre à mal cette idée toute faite. Certes, ce mode d’expression est pratiqué par des artistes de nombreuses nationalités, mais on dénombre à l’heure actuelle trois grandes cultures d’art séquentiel narratif sur papier dans le monde : le comics aux États-Unis, la bande dessinée en France et en Belgique, le manga au Japon. Ces trois pôles historiques sont définis et circonscrits par leur langue et leur culture propres. C’est ainsi qu’un lecteur de BD ne verra pas forcément d’attraits dans la lecture d’un comics ou d’un manga même sans la barrière de la langue. Chaque culture possède ses codes et habitudes issus de l’histoire éditoriale du médium dans chaque pays. Même si la « grammaire » ou plutôt le mode opératoire de la narration en images reste le même pour ces trois formes d’expression, celles-ci se sont aussi construites sur des barrières commerciales et culturelles. Nous avons tous lu sur les couvertures de Tintin la longue liste des pays dans lesquels l’œuvre a été traduite. Pourtant il faut se contenter de voir dans ce genre d’exemples liés à un très grand best-seller un épiphénomène, une exception qui confirme la règle. C’est à dire que ces trois marchés historiques que sont la BD, le comics et le manga se sont relativement peu exportés hors de leurs frontières et sont restés imperméables les uns aux autres, tout du moins jusqu’aux deux dernières décennies du vingtième siècle.

Contexte : le marché de la bande dessinée

2Cet article se cantonne à l’émergence du marché du manga en France, et il serait audacieux d’en tirer des généralités quant à l’ouverture des autres cultures. Cette précaution étant posée, il convient de mieux cerner dans quel contexte le manga a trouvé les faveurs du public en France.

  • 1 source : http://www.etatsgenerauxbd.org

  • 2 Anime : film d’animation d’origine japonaise, le terme provient de la cultu...

3En 1980 une moyenne de douze titres franco-belges était publiée par semaine. Presque trente ans plus tard, en 2017 c’est cent-vingt titres qui doivent trouver leur chemin vers les étals des libraires. Si le marché a crû au point de peser plus de 500 millions d’euros de revenus en 2017, c’est en partie grâce à la vente de mangas et de comics en français. Ainsi le manga représente en 2017 23 % de parts de marché et le comics 6 %1. Il est impossible aujourd’hui de considérer le manga en France comme un phénomène passager, comme cela a pu être le cas par le passé. Ce qui explique la bonne santé commerciale du manga en France, c’est qu’il est le représentant majeur d’une culture pop japonaise plus large mêlant mangas, anime2, musique, cosplay… mais aussi des éléments plus traditionnels comme la gastronomie japonaise ou les origami. Trente ans plus tôt, personne n’aurait prédit ce succès. À cette période, les titres franco-belges rencontraient toujours le succès. Même si les Tintin, Spirou, Schtroumpfs et autres héros à nez rond ont connu le plus fort de leur succès dans les années 1970, ils remplissaient toujours les rayonnages des premières libraires spécialisées BD. Mais les années 80 sont aussi le moment où la BD française fait sa révolution. Le marché français s’affranchit de l’étiquette « BD pour enfant ». Le goût des auteurs va vers des récits d’aventures plus réalistes pour un lectorat adulte. Et le goût des éditeurs s’oriente vers des titres de plus en plus chers, à mesure qu’ils réussissent à toucher un public au pouvoir d’achat plus élevé. La tendance de la BD francophone à de moins en moins s’adresser aux enfants ne fera que s’intensifier jusqu’aux années 2000, où la littérature enfantine connaitra un renouveau. C’est dans un marché en friche, dans les années 1990 que les enfants et les adolescents découvrent les premiers mangas publiés en France. Mais il ne s’agit pas réellement d’une découverte pour ces lecteurs car la culture pop japonaise avait déjà gagné le cœur des Français non pas par le manga mais, des années auparavant, par l’intermédiaire du petit écran.

Comment le manga gagna le cœur des lecteurs français

  • 3 Isao Takahata, Arupusu no Shōjo Haiji, Toei animation, 1974.

  • 4 Mikuriya Kyousuke et Miyazaki Hayao, Meitantei Hōmuzu, RAI et TMS, 1981 - 1...

  • 5 Hayakawa Keiji, Meiken Jorī, Toho, 1981 - 1982.

  • 6 Mizuki Kyoko et Igarashi Yumiko, Candy Candy, Toei, 1975 - 1979.

  • 7 Les shōnen-mangas sont les publications de manga japonais ciblant les jeune...

  • 8 Matsumoto Reiji, Captain Harlock, 1977 - 1979.

  • 9 Nagai Go, Ufo Robo Grendinser, 1975 - 1977.

  • 10 Buronson et Hara Tetsuo, Hokuto no Ken, 1984 - 1988.

  • 11 Takahashi Rumiko, Urusei Yatsura, 1978 - 1987.

  • 12 Le magazine VSD dans son supplément au no 805 titra « Faut-il brûler Dorot...

  • 13 OAV : Original Video Animation, Le terme provient une nouvelle fois des Ét...

  • 14 Hentai signifie « transformation », « métamorphose », « perversion ». En O...

4À la toute fin des années 1970 s’est passé un phénomène inattendu par l’entremise du petit écran : l’arrivée de la culture japonaise en France. Durant les années 1980, le public des moins de quinze ans devint une cible d’audience pour les chaînes télévisées françaises. Mais il n’existait pas alors de grosses structures de production de contenu pour les enfants dans l’Hexagone et les télévisions se tournèrent vers le plus important producteur de dessins animés de l’époque : la télévision japonaise. La diffusion de ces programmes provoqua un choc des cultures. La façon de représenter le monde, l’animation efficace, volontairement limitée, et les expressions stylisées des personnages ne firent pas l’unanimité. Cependant les programmes proposés aux enfants ne leur racontaient pas forcément des histoires très exotiques : Heidi3, Sherlock Holmes4, Belle et Sébastien5 voir même Candy6, ne sont pas ce que l’on peut appeler des archétypes d’histoires issues de la culture japonaise. Il faut remarquer à ce sujet que le Japon s’est ouvert à l’Occident et à ses cultures bien plus tôt que l’Occident ne s’est intéressé au Japon. Bien évidemment, les shōnen-mangas7 dans un esprit bien plus japonais connurent aussi un fort succès, si ce n’est le plus fort succès, et Albator8 et Goldorak9 marquèrent des générations d’enfants. C’est à cause de certains de ces Shōnen-mangas que la culture pop japonaise fut à l’époque méprisée, jugée violente et inadaptée au public enfantin. Mais il est injuste de dénigrer des œuvres qui se destinaient à l’origine non pas aux petits mais à un public d’adolescents et d’adultes. On peut bien plus sûrement blâmer les diffuseurs français de l’époque qui n’auraient pas dû permettre de tels programmes aux horaires destinés aux enfants. Il est évident qu’ils savaient pertinemment que les programmes qu’ils proposaient étaient inadaptés puisque les plus violents et les plus sexuellement explicites de ces animes furent l’objet de coupes et de réécriture de leurs dialogues, afin de les rendre « regardables » par les plus jeunes – Ce fut le cas par exemple pour Ken le Survivant10, Lamu11 –. Cette vague anti-anime ira jusqu’à faire les titres des magazines de l’époque12. Pourtant malgré la polémique, le succès fut énorme auprès des jeunes. Au début des années 1990, la ferveur pour les animes japonais était à son paroxysme. Mais ce fut aussi le moment où le CSA décida de mettre en place des quotas de productions françaises pour la jeunesse. En 1992 ces quotas devinrent effectifs et un bon nombre de sitcoms pour adolescents se disputèrent l’audimat avec les animes japonais. On note qu’à l’époque la France ne possédait toujours pas d’industrie du dessin animé. Pourtant l’engouement des jeunes pour les programmes japonais ne faiblit pas et les éditeurs francophones de cassettes vidéos de « japanimation » firent florès et proposèrent OAV13, épisodes de séries inédits ainsi que du contenu gore ou/et hentai14 destiné à un public adulte. Cette réputation sulfureuse des éditeurs d’animation japonaise perpétua encore un temps la mauvaise image de marque de l’anime japonais.

  • 15 Otomo Katsuhiro, Akira, Kodansha, 1982 - 1988. Adapté pour l’animation en ...

  • 16 Toriyama Akira, Dragon Ball, Toei, 1986-1989

  • 17 Takahashi Rumiko, Ranma nibun no ichi nettô-hen, 1989 - 1992.

  • 18 Takeuchi Naoko, Sailor Moon, Toei, 1991 - 1997.

5En France l’animation japonaise gagna ses lettres de noblesse grâce à la diffusion au cinéma d’Akira15. Si le film ne rencontra qu’un succès d’estime en salle, les critiques et la presse encensèrent l’œuvre. Pour le grand public français, le dessin animé était une affaire d’enfants et les cinéphiles adultes étaient encore très peu nombreux à s’intéresser à l’animation. Cependant les éditions Glénat, fortes du succès d’Akira au Japon, aussi bien en manga qu’en film, décidèrent de publier le manga en français. Mais il ne s’agit pas de le faire à la façon d’un manga japonais : sens de lecture européen, mise en couleur et couverture cartonnée luxueuse, haussèrent l’œuvre au même rang de qualité que les plus beaux albums de BD européens. Ce fut le premier succès d’un manga en France qui dépassa la sphère des amateurs de manga pour toucher tout type de lecteur de BD. Dans le même temps, grâce aux succès télévisuels de séries d’anime tel que Dragon Ball16, Ranma 1/217, Sailor Moon18... les éditions Glénat développèrent toute une série de publications des mangas de ces séries dans une forme cette fois similaire à leurs équivalents japonais : noir et blanc, couverture souple et papier bon marché. Le succès fut de nouveau au rendez-vous. Avec la disponibilité de plus en plus grande d’œuvres japonaises traduites, que ce soit sur papier ou en vidéo, se développa dans l’Hexagone tout un réseau de boutiques estampillées culture pop japonaise. En 1995 se tint la première convention d’envergure « Planète Manga ». La culture du manga commença alors à s’installer durablement dans le paysage culturel français.

  • 19 Shōjo-mangas : manga pour filles, Shōnen-mangas : manga pour garçon, Kodom...

  • 20 Respectivement: Oda Eiichirō, One Piece, Shūeisha Inc., 1997 - ; Isayama H...

6Aujourd’hui le manga n’est plus un livre exotique, et les lecteurs, le temps passant, sont devenus adultes. Le marché français se scinde de la même façon qu’au Japon dans les différentes catégories de shōjo-mangas, de shōnen-mangas, de kodomo-mangas19… Les best-sellers traduits en France suivent de près les grands succès japonais avec One Piece en première place, L’Attaque des Titans en second et Kingdom en troisième place20.

  • 21 Miyazaki Hayao, Kaze no tani no Naushika, Tokuma Shoten, 1982 - 1994.

7Aux côtés des block-busters, je tiens à souligner l’existence de certains succès qui dépassent la sphère des amateurs de manga. Si Miyazaki Hayao est reconnu pour ses films, il l’est aussi en France pour son manga Nausicaä de la vallée du vent21, publié par l’éditeur grenoblois Glénat. Il est à noter que Miyazaki a eu une relation de travail amicale avec Jean Giraud-Mœbius, au point que ce dernier nomma sa fille du nom du personnage désormais bien connu.

  • 22 Taniguchi Jirō, 1947-2017. Quelques œuvres majeures : Botchan no jidai (Au...

8Enfin comment ne pas mentionner le travail de Taniguchi Jirô22 qui fut sans doute le mangaka le plus connu dans l’Hexagone par les amateurs de bandes dessinées. Son œuvre, empreinte de réminiscences de la « ligne claire » franco-belge, représente pour beaucoup l’excellence de l’inter-culturalité entre nos deux pays.

L’influence du manga sur la BD et le phénomène du Manfra

  • 23 Vanyda est une auteure d'origine franco-laotienne. Extrait bibliographique...

  • 24 Maliki est spécialement connu pour sa série à portée autobiographique, Mal...

  • 25 Patricia Lyfoung, La Rose écarlate, Delcourt, 2005 - 2019.

9L’influence du manga sur la production française est restée marginale depuis les années 1990 jusqu’à la fin des années 2000. Il est à noter que seul le style graphique a été récupéré par des auteurs occidentaux, parfois de façon maladroite et souvent incomplète. Les maisons d’éditions de BD ont vite compris que les lecteurs préféraient lire du manga à la japonaise et non des BD hybridées. Toutefois depuis les années 2000, de nombreux auteurs ayant grandi en lisant des mangas, s’en sont approprié les codes esthétiques sans pour autant renier leur caractère européen. Des auteurs tel que Vanyda23 ou Maliki24, ou encore une série comme La Rose écarlate25 de Patricia Lyfoung, mélangent avec brio le meilleur de nos deux cultures.

  • 26 Par exemple, Antoine Dole et Vinhnyu, 4Life, Glénat, 2018 - ; Reno Lemaire...

10Aux côtés de la BD et du manga, on notera un phénomène en émergence ; celui du manfra, c’est à dire d’œuvres identiques aux mangas, mais produites en France. Il convient de faire une distinction entre ces œuvres et les publications de bandes dessinées influencées par le manga. Le manfra n’a finalement d’interculturel que le fait que ses auteurs sont francophones et vivent en France. Sa ligne éditoriale s’efforce d’être la plus proche de ce qui se fait au Japon autant dans son esthétique et sa narration que dans sa matérialité livresque. Si ces auteurs26 sont talentueux et dynamiques, ils n’en bataillent pas moins pour se trouver une place dans un secteur devenu très compétitif face à la production japonaise et coréenne. Dans ce contexte, il reste peut-être au manfra à se trouver une identité propre.

En conclusion

  • 27 Xavier Dorison et Joël Parnotte, Le Maître d’armes, Dargaud, 2015.

11Aujourd’hui le marché du manga français semble être arrivé à maturité. L’heure est désormais à la consolidation financière par certains éditeurs dont les Japonais eux-mêmes, comme Shûeisha/Shôgakukan/Shopro qui a racheté l’éditeur Kaze il y a trois ans, ou Kôdansha qui a entrepris un rapprochement avec l’éditeur français Pika. De tels investissements et prises d’intérêts montrent que le manga n’est pas près de disparaître du territoire français. Peut-être que l’avenir verra la BD franco-belge s’exporter jusqu’au Japon ? En 2017 le prix international du Manga décerné par le ministère de la culture japonais a été attribué au titre Le Maître d’armes27, une BD française qui n’a rien d’un manga.

Notes

1 source : http://www.etatsgenerauxbd.org

2 Anime : film d’animation d’origine japonaise, le terme provient de la culture pop américaine et a été introduit en France par l’intermédiaire des jaquettes de cassettes vidéo importées des États-Unis.

3 Isao Takahata, Arupusu no Shōjo Haiji, Toei animation, 1974.

4 Mikuriya Kyousuke et Miyazaki Hayao, Meitantei Hōmuzu, RAI et TMS, 1981 - 1985.

5 Hayakawa Keiji, Meiken Jorī, Toho, 1981 - 1982.

6 Mizuki Kyoko et Igarashi Yumiko, Candy Candy, Toei, 1975 - 1979.

7 Les shōnen-mangas sont les publications de manga japonais ciblant les jeunes garçons.

8 Matsumoto Reiji, Captain Harlock, 1977 - 1979.

9 Nagai Go, Ufo Robo Grendinser, 1975 - 1977.

10 Buronson et Hara Tetsuo, Hokuto no Ken, 1984 - 1988.

11 Takahashi Rumiko, Urusei Yatsura, 1978 - 1987.

12 Le magazine VSD dans son supplément au no 805 titra « Faut-il brûler Dorothée ? »

13 OAV : Original Video Animation, Le terme provient une nouvelle fois des États-Unis. Ce sont des programmes sortis exclusivement pour le marché de la vidéo. Il peut s’agir de séries comme de longs et moyens métrages.

14 Hentai signifie « transformation », « métamorphose », « perversion ». En Occident le terme est détourné de son sens original pour désigner des mangas et des animes à caractère pornographique. Au Japon, on préfère utiliser le terme ecchi qui recouvre cependant un registre moins explicite.

15 Otomo Katsuhiro, Akira, Kodansha, 1982 - 1988. Adapté pour l’animation en 1988 par Otomo lui-même.

16 Toriyama Akira, Dragon Ball, Toei, 1986-1989

17 Takahashi Rumiko, Ranma nibun no ichi nettô-hen, 1989 - 1992.

18 Takeuchi Naoko, Sailor Moon, Toei, 1991 - 1997.

19 Shōjo-mangas : manga pour filles, Shōnen-mangas : manga pour garçon, Kodomo-mangas : manga pour jeunes enfants.

20 Respectivement: Oda Eiichirō, One Piece, Shūeisha Inc., 1997 - ; Isayama Hajime, Shingeki no Kyojin, Kōdansha, 2009 - ; Hara Yasuhisa, Kingdom, Shūeisha, 2006 - .

21 Miyazaki Hayao, Kaze no tani no Naushika, Tokuma Shoten, 1982 - 1994.

22 Taniguchi Jirō, 1947-2017. Quelques œuvres majeures : Botchan no jidai (Au temps du Botchan), 1987, Chichi no koyomi, (Le journal de mon père), 1994, Haruka-na machi e (Quartier lointain), 1998.

23 Vanyda est une auteure d'origine franco-laotienne. Extrait bibliographique : L’Année du dragon, Carabas, 2003 ; L’Immeuble d’en face, La Boite à bulles, 2004 ; Celle que… Dargaud, 2008 ; Un million d'éléphants, Futuropolis, 2017.

24 Maliki est spécialement connu pour sa série à portée autobiographique, Maliki, Ankama Éditions, 2007 -, http://maliki.com.

25 Patricia Lyfoung, La Rose écarlate, Delcourt, 2005 - 2019.

26 Par exemple, Antoine Dole et Vinhnyu, 4Life, Glénat, 2018 - ; Reno Lemaire, Dreamland, Pika, 2006 - ; Raf, Debaser, Ankama, 2008 - 2012, etc.

27 Xavier Dorison et Joël Parnotte, Le Maître d’armes, Dargaud, 2015.

Pour citer ce document

Arnaud Boutle, «La percée du manga en France», Acta Litt&Arts [En ligne], Acta Litt&Arts, La traduction du savoir et ses méthodes, B. Transferts littéraires : Textes et images, mis à jour le : 14/05/2019, URL : http://ouvroir-litt-arts.univ-grenoble-alpes.fr/revues/actalittarts/487-la-percee-du-manga-en-france.

Quelques mots à propos de :  Arnaud  Boutle

Dessinateur / Cartoonist