Appel à communications. IXe Congrès REARE (2022) - Le saint dans l'épique

 

  • IXe Congrès international du Réseau Euro-Africain de Recherches sur les Épopées (REARE)
  • 22, 23 et 24 mars 2022 à l’Université Cheikh Anta Diop - Dakar, Sénégal
  • Propositions à envoyer avant le 30 septembre 2021

 

Le saint dans l’épique : textes, contextes et modes de construction de la figure

Au rang des protagonistes que met en scène l’épopée dans sa célébration de la grandeur des peuples et des Nations figure souvent le personnage du saint qui peut apparaître sous les traits du prophète, du prêtre, du marabout ou du desservant d’un rite de l’ancêtre.

En Occident, du XIe au XIIIe siècles, l’hagiographie célèbre des hommes et des femmes hors du commun, qui se distinguent par une vie exemplaire qui refuse les valeurs du temps (pouvoir, argent, richesse, vie urbaine). Le saint tel que le présente cette littérature recherche la perfection par le renoncement au monde et pratique la chasteté et l’ascétisme à un degré hyperbolique. Aussi celui qui représente l’archétype de la sainteté au niveau populaire est-il l’ermite. Le saint est un personnage illustre, qui après une vie de privations, de souffrances et d’endurance qui se termine souvent en mutilations et démembrements retrouve à sa mort une intégrité physique, signe d’élection divine (v. G. Paris et L. Pannier, 1872, La vie de saint Alexis).

Son statut évoluera sous l’ère des combats pour la propagati on de la foi. Le saint acquiert d’autres attributs dans le feu des croisades (en Occident) ou du jihad (en Orient et en Afrique). Actif sur les champs de bataille, il cumule destin guerrier et mission ecclesiastique.

On considérait que la perfection morale et spirituelle pouvait difficilement se développer en dehors d’un lignage illustre. D’où le lien entre sainteté, pouvoir et noblesse de sang. Guillaume d’Orange illustre parfaitement cette vision des choses. Il fonde un monastère où il se retire vers la fin de sa vie et sera canonisé après sa mort. 

Dans le cycle de la croisade, les protagonistes, qui bénéficient au cours des combats de l’aide d’envoyés célestes, conquièrent par leurs souffrances, parfois leur mort, la gloire éternelle (J.-P. Martin, 2016, « Formes du merveilleux dans l’épopée française médiévale et dans l’épopée d’Afrique de l’Ouest. Prolégomènes à une étude comparative »). Dans La Chanson de Roland, l’âme du héros martyr est emportée par saint Michel, Chérubin et saint Gabriel vers le paradis. 

À cette époque le héros musulman ouest-africain entretient des rapports variables avec la sphère du pouvoir politique. Il se place en marge ou à la périphérie du temporel, joue un rôle d’adjuvant auprès du guerrier ou s’affirme comme un contre-pouvoir (v. B. Dieng, 1993,  L’Épopée du Kajoor).  Son apport spirituel à la réalisation de l’action fait de lui un catalyseur.

Aux XVIIIe et XIXe siècles, il se hisse au premier plan, en tant que figure militaire et politique. Il est un conquérant doublé d’un « faiseur de miracles » qui portent le sceau de Dieu (El Hadj Oumar Tall,  Ousmane dan Fodio…).

Au XXe siècle, le crépuscule des chefs de guerre à l’avant-garde de la résistance à la pénétration coloniale française coïncide avec l’émergence de saints islamiques qui prônent une action non violente et promeuvent un idéal fondé sur la spiritualité (Cheikh Ahmadou Bamba, entre autres figures). Force mystique portée par la grâce divine, ils incarnent un autre modèle héroïque où la bravoure, la vaillance et l’éclat des exploits ne se mesurent plus à l’ampleur des faits d’armes (F. Suard, 2013, « Étude des rapports entre hagiographie et épopée. L’exemple de L’Épopée de Cheikh Ahmadou Bamba »).

Les études peuvent porter sur :

  • la construction du personnage du saint et les schémas narratifs des récits qui mettent en scène son univers : ses origines, son parcours initiatique, ses armes, le sens de son combat, son autorité ;
  • l’étude comparative des versions relevant des traditions écrites et de celles dues à l’oralité dans les zones où les deux modalités cohabitent (Inde et Afrique de l’ouest, par exemple), et  l’intertextualité ; les récits pouvant porter les marques d’autres textes plus anciens comme la Qacida, la Sira, la Bible....
  • les rapports et les frontières entre l’épopée religieuse et l’hagiographie, d’une part, et entre le saint et le héros mythique, d’autre part.
  • la réception ; à travers l’analyse des contextes d’énonciation, des supports de diffusion, des usages faits de ces récits.

 

Les propositions de communication peuvent être envoyées jusqu’au 30 septembre 2021 aux adresses suivantes: waneibrahim@yahoo.fr ; abdoulaye.keita@ucad.edu.sn ; sakhosi@yahoo.fr.