Journée d'études "Ethiques de l'épique" (ENS, 06 décembre 2019)

 

  • Journée d'études

ÉTHIQUES DE L’ÉPIQUE. QUESTIONNEMENT MORAL ET FORMES NOUVELLES DE L’EPOPEE (XXe-XXIe S.)

Vendredi 6 décembre 2019, 10h-19h30

École Normale Supérieure - 45, rue d’Ulm, 75005 Paris, salle Celan

Entrée libre

 

  • Organisée par Thomas Conrad et Déborah Lévy-Bertherat

Pour le CRRLPM, République des savoirs, USR 3608, et le Département Littérature et langages de l’ENS-PSL

 

On se propose d’interroger la pensée morale du genre épique – ou plus exactement de la tonalité générique épique – dans la littérature des XXe et XXIe siècles. Le projet s’inscrit dans le renouvellement de la recherche en littérature par sa dimension interdisciplinaire, au carrefour de la philosophie morale et des sciences humaines.

Les études récentes soulignent la diversité des épopées et leur valeur problématique. La perspective comparatiste, depuis René Étiemble, a permis de percevoir la complexité d'un genre qui avait été si souvent identifié à une seule culture, et, dans cette culture, à une seule œuvre (l'Iliade). Florence Goyet a proposé de rompre définitivement avec les définitions classiques de l'épopée, qui la caractérisent par une posture de « célébration » univoque des valeurs d'une communauté : l'épopée serait au contraire un « instrument pour penser le conflit en profondeur et donner voix à tous, vaincus et vainqueurs », pour inventer des solutions politiques nouvelles par le « travail épique » d'une création polyphonique. On s’appuiera sur ce renouvellement théorique pour interroger l’épique dans la littérature des XXe et XXIe siècles, comme une ressource de la pensée éthique.

Faire appel à l’épique, c’est en effet reprendre les figures de l’aventurier, du combattant, du voyageur, avec les dilemmes moraux et les vertus qui leur sont propres. Doit-on cesser de parler d'héroïsme épique, ou faut-il considérer qu'il se renouvelle en s'écartant de la figure du mâle occidental ? Quelle place l'épique fait-il à la fragilité, à la vulnérabilité ?

Le choix même d'une narration épique n'est-il pas aussi le choix d'une posture morale ? L'épique, genre politique par excellence, ne contribue-t-il pas à déplacer les questions morales ? Quelle place donne-t-on alors à l’individu, à sa liberté, à ses choix, à ses interrogations subjectives, dans la communauté et l'histoire ?

 

Programme

10h        Introduction. Déborah Lévy-Bertherat et Thomas Conrad (ENS-PSL, République des Savoirs, CRRLPM)

10h20    Ouverture : Florence Goyet (Université Grenoble Alpes, UMR 5316)

   Éthique et épopée : une dynamique politique

11h10    Dominique Combe (ENS-PSL, République des Savoirs, CIEPFC)

Une épopée sans héros - autour de Saint-John Perse

11h50    Aude Leblond (Univ. Sorbonne-nouvelle, THALIM)

  Jean-Christophe et L’âme enchantée de Romain Rolland

 

14h30    Guido Furci (Univ. Sorbonne-nouvelle, CERC)

   Du "Rapport sur Auschwitz" à "Si c'est un homme" et à "La trêve" : l'épique comme resémantisation du monde chez Primo Levi

15h10    Nicolas Aude (Univ. Lille 3)

              L’épique indéfini : éthique et singularité chez Daniel Mendelsohn

15h50    Déborah Lévy-Bertherat (ENS-PSL, Lila, CRRLPM UMR3608)

L’éthique a-t-elle un visage de femme ? Récits de guerre chez Svetlana Alexievitch et Kantemir Balagov

16h50    Inès Cazalas (Univ. Paris-Diderot, CERILAC)

   Contre-épopées généalogiques : l’éthique des passions infantiles chez Juan Benet

17h30    Guillaume Grandjean (Univ. de Lorraine, CREM)

Disproportions d’échelles et conflits individuels : hypothèses pour une définition de l’épopée vidéoludique

 

18h10    Table ronde : représentations fictionnelles des combats éthiques

Frédérique Leichter-Flack (Univ. Paris-Ouest, CRAL-EHESS), auteure de Qui vivra qui mourra. Quand on ne peut pas sauver tout le monde. Albin Michel, 2015

Alexandre Gefen (CNRS, THALIM), auteur de Réparer le monde. La littérature française face au XXIe s., José Corti, 2017